Encounter 2014-2016

Encounter, la porosité du silence est une série photographique adressant des préoccupations liées à l’espace habité et à la transcendance de l’espace géométrique.[1] Je cherche à ce que les endroits suggèrent une présence indéfinissable mais tangible de ses habitants. Une trace qui génère un potentiel suggestif se renouvelant à l’infini. Mon travail s’apparente à celui du photographe belge Geert Goiris. Il a dit, à propos de sa série Resonance, que « ce qui relie ses images entre elles est la perplexité qu’elle fait résonner en nous. » [2] Pour le commissaire de l’exposition Paul Lagring « [L’artiste] évoque un espace insaisissable entre lui-même et son environnement immédiat » [3]. Tout à la fois, je m’intéresse à la dimension ordinaire et extraordinaire des territoires, à la façon dont les gens se les approprient et ce qu’ils peuvent évoquer pour eux et en nous. Je cherche le personnel, l’inusité et la surprise, les contrastes mouvants des espaces internes et externes. Les réflexions que ces premiers reflètent fréquemment à travers ces derniers.

 

 

Originaire des basses Laurentides, mon univers créatif est inspiré par la singularité de ses espaces et de ses habitants. Je porte une attention particulière aux manières dont chacun foule son environnement immédiat, dont il le domestique, avec une préférence pour les aspects les plus singuliers, les plus particuliers de l’habitable. Le vernaculaire cache une partie de son mystère qui ne cesse de me fasciner. La qualité d’impénétrabilité de ces lieux semble être au cœur même de leur essence. Il m’est aussi agréable de connaitre la véritable source de ces espaces ancillaires que d’inventer une nouvelle façon de les voir. Comme le disait Mary Ellen Mark « Il n’y a rien de plus extraordinaire que la réalité » par ce qu’elle nous attrape autant qu’elle nous échappe.

 

 

La rencontre est au cœur de ma démarche photographique car elle implique une prise de risque, un danger, un espace insaisissable, indéfinissable, que l’on peut créer, s’approprier à l’infini. Je me fais tendre devant le réel et stoïque aussi. Je cherche à tracer des étendues, des trajets, des intervalles. Une manière de connecter des points, de découvrir des interstices précieux. La rencontre comprend l’inconfort, l’écartèlement, mais aussi la joie et la contemplation. Elle génère des interstices, des questionnements, des poches d’air massives. Respirer souple sur des cordes raides ou distendues. J’inhale la pierre et me gratte les yeux, je lèche la mer et dévale une pente ascendante, envahie par la porosité du silence et ce qui l’habite.

 

[1] « L’espace habité transcende l’espace géométrique. » Gaston Bachelard.
[2] (Traduction libre d’un entretien) Vox, centre de l’image [Ressource en ligne] Disponible au : http://www.centrevox.ca/entretien/geert-goiris-3/ (Consulté le 28 août 2015).
[3] Vox, centre de l’image [Ressource en ligne] Disponible au : http://www.centrevox.ca/entretien/geert-goiris-3/ (Consulté le 28 août 2015).