J’ai dormi dans tes yeux

J’ai dormi dans tes yeux*

Devant, loin devant, mais aussi partout, une vaste étendue de froideur. Dans cette eau hostile, je cherche les poches d’air. Mon corps se meut lentement, à demi paralysé par l’eau glacée et la lumière crue. Ma tête vient frapper les parois comme autant d’icebergs, comme autant de roches dans le fonds d’un puit. Ma respiration est sourde, mais je peux la voir. La buée qui s’échappe de ma bouche s’élève très haut, peut-être jusqu’au ciel. Bientôt, je sens mes joues se creuser sous mes yeux et je plonge à nouveau pour diluer mes larmes. Je ne sais plus où prendre l’oxygène, mon souffle s’accélère, des bulles sortent de tous mes pores et chatouillent aussi l’intérieur de mes narines et de ma bouche. Quelque chose comme un scintillement vient se briser derrière mes paupières et un long faisceau illumine la polynie**.

*Inspiré d’un poème de Jean-Christophe Réhel

**Une polynie est « un trou éternel dans la glace » (Polynie, Mélanie Vincelette).

I Slept in Your Eyes*

In front, far ahead, but also everywhere, a vast expanse of coldness. In this hostile water, I look for air pockets. My body moves slowly, half paralyzed by the icy water and raw light. My head hits the walls like so many icebergs, like so many rocks at the bottom of a well. My breathing is deaf, but I can see it. The mist that comes out of my mouth rises very high, perhaps to the sky. Soon, I feel my cheeks hollow out before my eyes and I dive back down to dilute my tears. I don’t know where to take the oxygen anymore, my breath speeds up, bubbles come out of all my pores and also tickle the inside of my nostrils and mouth. Something like a sparkle breaks behind my eyelids and a long beam illuminates the polynya*.

*Inspired by a poem by Jean-Christophe Réhel

**Eternal hole in the ice (Polynie, Mélanie Vincelette).

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