katia gosselin | artiste en arts visuel


Ce qui résiste

Dans le cadre d’une résidence de recherche-création d’un mois à La Napoule Art Foundation, le projet Ce qui résiste a pris un essor important.

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Résister n’est pas gagner, mais cesser de perdre, une seconde à la fois, immensément renouvelée.

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Peut-on transfuser le souvenir d’un paysage disparu ? La nostalgie peut-elle moduler nos gènes afin que résonne en l’autre le ressac d’une vague que l’on a chérie ?

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L’endroit aura-t-il tressé dans nos ADN une source de lieux devenus invisibles, mais tangibles par les sens ; des espaces à la fois vivides et flous où subsiste l’impression d’un territoire jadis occupé ?

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Le souvenir est-il à ce point puissant qu’il peut forger des replis, des enclaves d’où jailliraient des éclats tantôt sertis d’orées tantôt d’arbres ou de volcans ?

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La solastalgie peut s’apparenter à ce qui est éprouvé de l’effondrement, tout en faisant rappel doux-amer de ce qui a été. Elle est un état de détresse, certes, mais porteur d’imaginaires féconds pour peu qu’on ne se laisse habiter par la promesse plutôt que par la défaite.

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Peut-on survivre à l’oubli ? Peut-on vivre sans ne rien oublier ? Il est des paysages comme de petites morts, une confession ou un aveu. Ici la guerre, là-bas la montagne. Mais il y a le fleuve, et qui peut l’épuiser ?

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Le temps solide fond dans la bouche
Des moments liquides, suspendues sur le bout de la langue
Avaler l’étendue d’un bleu de ciel
Sur la ligne qu’achève la mer
En secousse sur les plis des songes

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S’il est interdit d’oublier, chaque minute qui passe est une étreinte mortelle, inépuisable, qui résiste à toute éventualité. Les secondes, comme des gouttes, percent le temps, et s’étirent, agglutinant les récits.

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Ce qui n’a pas de prix
Recèle les plus primitives richesses

La densité du vide
Le ravissement
La falaise vivante au-dedans
Le silence farouche
Le tout bas
Les cailloux animés de fruits à chair

De ces petits grains durs
Crissant, pétulants
Coulent d’émoi
Paumes fraîches
Évermeillent glacines
Sous des pas scintillants
Murmures d’échevelis animés
D’un éternel étonnement

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Résister serait-il de protéger le subtil pour en faire un collier où chaque perle tiendrait lieu de récit-paysage comme dans un rite Aluku, non pas pour libérer les proches d’un deuil, mais pour sceller les souvenirs, prévenir la chute et l’effondrement des mondes ?

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J’ai envie de te dire
que le soleil avance
que le ciel emmagasine nos larmes

que nos fêlures glissent
sur ce que l’on connaît du monde que les rêves insistent
que les luttes tranquilles savent faire

que lorsque pointent les risques
les maux se mangent en rayons

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J’ai envie de te dire
que les mers avancent
que nous coulons dans les terres

que nous sommes paysages
que les désolations respirent

que nos vies sont comestibles que lorsque chavirent les risques les strophes sillonnent les creux

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J’ai envie de te dire
que les forêts avancent
que le lichen des frênes reviendra
que nous ne possédons rien
que nous hébergeons la lumière
que la Nature est un bonheur construit que lorsque transpirent les risques
les mousses ont des mémoires

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J’ai envie de te dire
que les tempêtes méditent
que le vent grappille aux cils du temps

que nos nostalgies s’accordent
au futur simple
que nous sommes sommets écartelés

que les feux sont toujours à refaire

que lorsque soupirent les risques
les courants se soulèvent.

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